Les consequences de la pandemie sur l'Agenda 2030

 

Carles Llorens

secrétaire général de ORU Fogar

Augmenter les actions en faveur des ODD

Nous avions décrété 2020 comme l’année clé en ce qui concerne la mis en place des ODD. En effet, le 25 septembre on fêtera les cinq ans de l’adoption de l’Agenda 2030, avec ses 17 objectifs à atteindre en 10 ans, en 2030. 2020 est aussi une année clé dans la mise en œuvre du Protocole de Kyoto et dans la démonstration d’une implication forte de la mise en place de l’Accord de Paris dans la réduction des gaz à effet de serre. 

Avant le COVID-19, les résultats de ces agendas étaient déjà incertains. A titre d’exemple, l’Objectif 2 Faim « zéro », objectif auquel ORU Fogar est si fortement attaché, a fait l’objet d’une évaluation plutôt décourageante. Elle a été compromise par les guerres, les crises sociales et le changement climatique… Le dernier rapport annuel de la FAO indique clairement que durant les trois dernières années, le pourcentage de faim dans le monde a augmenté et aujourd’hui plus de 821 millions de personnes sont touchées. 

En revanche, le bilan lié à la mise en œuvre de l'Accord de Paris n'évolue pas bien non plus. En 2018, la consommation de pétrole, de gaz et de charbon était plus élevée que jamais. La campagne d'alarme lancée par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) n'a suscité aucune réaction.

Et le coronavirus est arrivé avec ses graves conséquences sanitaires, économiques, sociales et politiques a mis en péril la réalisation des ODD, et on observe un recul sur les objectifs déjà atteint. A présent observons quelques exemples concrets.

Commençons par l’ODD 1, la fin de la pauvreté. Selon la Banque Mondiale, la crise du COVID-19 entraînera entre 40 et 60 millions de personnes dans une pauvreté extrême. Cela affectera les femmes, les familles monoparentales, les immigrés, les personnes âgées en zones rurales… Ceci met un frein à tous les progrès réalisés au cours des 5 dernières années. Il en va de même pour l’objectif 2 des ODD, qui concerne l’éradication de la faim. Les régions membres d’ORU Fogar, celles du monde entier, ont pu voir de leurs propres yeux comment les chaînes d’approvisionnement alimentaires se sont rompues et comment les processus d’exportations et d’importations se sont interrompus. Cela a directement impacté la disponibilité des aliments. Les prévisions montrent que la crise pourrait affecter 250 millions de personnes, en particulier en Afrique.

La pandémie a évidement aussi affecté l’ODD 3 consacré à la santé et au bien-être. Aussi grave que soit cette situation, elle a mis en évidence la grande faiblesse des systèmes de santé de beaucoup de pays. Une autre chose évidente est que l’ODD 4 lié à l’éducation de qualité a été touché. Selon les données de l’UNESCO, « 290 millions d’étudiants ont été privés d’école » et il est évident que les alternatives technologiques aux cours en présentiel n’ont fait que creuser les inégalités sociales. Inutile de mentionner l’impact du coronavirus sur l’ODD 8, celui de l’objectif du travail décent… 

Nous pourrions continuer à lister tous les ODD et nous verrions que tous, ont été impactés par la pandémie…

Dans ce contexte, comment doit-on nous positionner ? Nous pensons que plus que jamais il faille ratifier en faveur de l’Agenda 2030 et qu’il faille saluer l’initiative du secrétaire général des Nations Unies d’Accélérer les Actions en faveur des ODD. Dans un monde aussi complexe et conflictuel, l’Agenda 2030 était parvenu à un consensus et à un engagement sans précédent. Jamais la gouvernance mondiale n’a eu un mandat aussi transparent. Ainsi, l’Agenda 2030 doit continuer à être le cadre de référence. La pandémie ne doit pas faire flancher l’engagement envers les ODD. L’engagement de la part des régions et des régions membres d’ORU Fogar, reste intact, voire même plus fort qu’avant. 

Si avant la pandémie, nous soulignions que les guerres, les conflits sociaux et la crise climatique, la mauvaise gouvernance étaient un handicap à la réalisation des ODD, il nous faut maintenant entériner cette conviction. Dans un monde aussi complexe que le nôtre, le centralisme semble dépasser et plus opérationnel. Lorsque tout le pouvoir de décision est dans les mains d’une bureaucratie émanant de la capitale, rien ne progresse, entravant ainsi les progrès dans la lutte contre la pauvreté, contre la faim, contre l’ignorance ou encore contre le travail informel. 

Et pour finir voici un exemple concret qui illustre cette situation : 

Dès le début, l’Organisation Mondiale de la Santé nous a expliqué « que nous laver les mains avec du savon était essentiel pour stopper le coronavirus ». Cependant, 3 milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau potable dans leur domicile pour se laver les mains avec de l’eau et du savon. Il s’agit de 40% de la population mondiale. Comment atteindre l’ODD 6, qui traite de l’accès à l’eau et de l’assainissement ? Comment faire pour que les 40% aient accès à l’eau pour se laver les mains ?

Quelques mois avant la pandémie, nous étions à Cajamarca au Pérou, pour participer au deuxième sommet sur la Décentralisation avec les gouverneurs péruviens. A plusieurs occasions, les gouverneurs péruviens se sont plaints de devoir demander l’autorisation à la capitale, Lima, concernant la gestion de l’eau. Entre démissions et amertume, ils ont expliqué comment le processus s’éternisait dans des procédures bureaucratiques qui leur semblaient incompréhensibles. Aujourd’hui, au Pérou, est un des pays d’Amérique Latine qui connaît la pire crise, avec un nombre croissant d’infectés et de morts. La gravité de la situation, bien sûr, doit avoir plusieurs facteurs. Au 21e siècle, il est toutefois regrettable de constater qu'une gestion inefficace des politiques de l'eau puisse avoir un effet sur cela, ce qui, en fin de compte, empêche les gens de se laver les mains correctement.

 


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