Dans un monde traversé par de multiples crises — climatique, économique, sociale et géopolitique — la sécurité alimentaire occupe à nouveau une place centrale dans l'agenda mondial. Pour l'Amérique du Sud, le défi ne consiste pas seulement à produire des aliments. Le véritable enjeu est de garantir le droit humain à l'alimentation, de renforcer la souveraineté alimentaire de nos peuples et de veiller à ce que nos systèmes de production contribuent au développement durable de nos territoires.
Depuis le Parlement du Mercosur, et plus particulièrement depuis le Front parlementaire contre la faim du MERCOSUR, nous travaillons avec une conviction très claire: il ne peut y avoir de démocratie forte et durable si son peuple est mal nourri. La lutte contre la faim n'est pas seulement une politique sociale ; c'est une condition fondamentale pour la dignité humaine, la stabilité démocratique et un développement empreint de justice sociale.
Notre action fait partie dans une stratégie plus large portée par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), qui encourage depuis plus de dix ans la création de Fronts parlementaires contre la faim en Amérique latine et dans les Caraïbes. Grâce à ce réseau, des législateurs de différents pays coordonnent des initiatives, partagent de bonnes pratiques et renforcent les cadres législatifs pour progresser vers la réalisation effective du droit à l'alimentation.
Dans ce contexte, le Front parlementaire contre la faim du PARLASUR participe activement à l'Alliance parlementaire ibéro-américaine et caribéenne pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle, un espace qui favorise la coopération entre les parlements afin de consolider des politiques alimentaires durables, inclusives et intégrées au niveau territorial.
L'un des enseignements majeurs de ce travail est que les politiques alimentaires ne peuvent être efficaces que si elles sont construites à partir du territoire. Parler de sécurité alimentaire, c'est comprendre comment les aliments sont produits, distribués et consommés au sein de chaque communauté, tout en reconnaissant le rôle stratégique de l'agriculture familiale, des économies régionales et de ceux qui soutiennent quotidiennement la production alimentaire.
C'est pourquoi nous insistons sur la nécessité de territorialiser les politiques publiques, articulant le secteur public, le secteur privé, la société civile et l’académie pour élaborer des politiques répondant à la réalité concrète de nos communautés. Dans cette optique, nous encourageons la création d'un Observatoire Territorial de la Sécurité Alimentaire, conçu comme un espace de concertation entre institutions, universités, organisations sociales et acteurs productifs afin qu’ils renforcent la prise de décisions législatives dans toute la région.
L'Amérique du Sud, et le MERCOSUR en particulier, constitue l'une des principales régions productrices d'aliments du monde. Nos pays disposent d'une immense diversité productive et d'une capacité extraordinaire à produire des aliments de qualité.
Cette réalité représente une opportunité stratégique, mais aussi une responsabilité mondiale dans un monde où des millions de personnes souffrent encore de la faim.
D'un point de vue personnel, cette conviction a des racines très concrètes. Je suis originaire de San Juan, une province argentine qui a appris à produire dans des conditions souvent hostiles, entre montagnes et déserts, là où l'eau est une ressource stratégique pour la vie et le développement. À San Juan, nos communautés ont prouvé au fil des générations que le travail et le savoir-faire peuvent transformer des terres arides en régions productives où s'épanouissent la viticulture, la production oléicole et diverses économies régionales.
Cette expérience territoriale nous rappelle un point essentiel: la sécurité alimentaire ne se construit pas uniquement avec des statistiques ou des discours globaux. Elle se bâtit par le travail quotidien des communautés, par la préservation des ressources naturelles — en particulier l'eau — et par des politiques publiques qui soutiennent ceux qui produisent.
Nos peuples n'attendent plus seulement des diagnostics ou des promesses. Ils attendent des décisions et des résultats tangibles. Comme on le dit souvent dans notre région : mieux vaut agir que parler, mieux vaut accomplir que promettre.
Dans un monde marqué par l'incertitude, garantir le droit à l'alimentation est aussi une manière de renforcer la démocratie et de bâtir la paix sociale. Comme nous le rappelle le Pape François, personne ne se sauve seul. La coopération entre les peuples, les territoires et les institutions est la voie à suivre pour construire des systèmes alimentaires plus justes et plus durables.
Car, en fin de compte, tout commence par l'alimentation.